Portrait du libraire Maya Flandin

Vivement Dimanche

Portrait réalisé le 17/10/2017

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4, rue du Chariot d'or - 69 004 Lyon

La librairie Vivement Dimanche à Lyon fête ses 20 ans et ce n'est pas rien ! Maya Flandin revient pour nous sur l'histoire de ce lieu, là-haut sur la colline croix roussienne, qu'elle a voulu ouvert à tou(te)s, convivial et accueillant. L'occasion aussi de dire quelques mots sur cette belle opération qu'est « Donnez à lire », lancée le 17 octobre prochain et dont elle est la marraine.

Vous venez de fêter les 20 ans de Vivement Dimanche. Pouvez-vous revenir sur l'origine de la création de votre librairie généraliste en plein cœur du quartier de la Croix Rousse à Lyon ?

Maya Flandin : Après ma maîtrise de communication, et alors que je venais d'avoir mon premier enfant, j'ai dû chercher du travail et ai commencé, un peu du jour au lendemain, à travailler à la Fnac Bellecour de Lyon. Dans un lieu aussi grand tout était impersonnel, il était rare de voir un client deux fois, difficile de savoir quel impact pouvait avoir nos conseils. C'était pourtant une expérience très formatrice ; pendant 3 ans j'ai fait tous les rayons et j'ai appris à négocier avec les représentants, mais je savais dès le début que je ne resterai pas longtemps car je rêvais d’ouvrir une librairie jeunesse.

Comme j'habitais la Croix Rousse (4ème arrondissement de Lyon), je me suis dit qu'étant donné la taille et l'ambiance du quartier, il manquait plutôt une librairie généraliste. Beaucoup de gens "descendaient en ville " (la Croix Rousse est située sur une colline...) pour acheter des livres. J'étais persuadée qu'il était possible de proposer une offre complémentaire à celle de la librairie des Canuts, qui permettrait de retenir les Croix-Roussiens sur le plateau et bénéficierait aux 2 lieux. Avec celle qui allait devenir mon associée pendant 6 ans, nous avons alors fait une étude de marché qui a confirmé qu'il y avait une place à prendre mais il fallait se lancer tout de suite. Tout s'est enchaîné assez rapidement ; environ 6 mois plus tard notre projet était monté et nous avions trouvé un local idéal de 80 m2. Nous avions très peu d'apport, on s'était dit que le stock de constitution allait s'autofinancer en négociant 6 mois d'échéance. Aujourd'hui notre projet est impensable ! Nous avons tout fait à l'économie, sans informatique la première année en courant les dépôts pour se réapprovisionner avant le week-end etc.... Nous étions peu préparées et avons beaucoup appris sur le tas. Malgré cela, nous avons doublé notre prévisionnel la première année, et avons eu une progression à 2 chiffres pendant plus de 10 ans, ce qui peut paraître une chance mais nous a demandé d’apprendre très vite et de s’adapter sans cesse. Je dois avouer que les conseils et l’aide d’organismes tels que l’Adelc, la Région, la Drac, l’Arald, le CNL, ont été précieux au bout de quelques années !

Nous voulions un lieu accessible à tous, loin d'un certain élitisme assez courant à l’époque. Même nous, qui étions pourtant familières du livre, n'osions pas entrer dans certains endroits, alors quid de ceux qui n'avaient quasiment jamais ouvert de livre ? Nos grandes et nombreuses vitrines nous ont bien aidées en permettant aux passants de voir largement l’intérieur du magasin. Les futurs clients pouvaient se rendre compte qu’un lieu dédié aux livres n’est pas forcément impressionnant. Nous veillons à réaliser des vitrines très travaillées, sur des sujets précis et variés allant du point de croix à la rentrée littéraire. Les thèmes choisis ne sont pas anodins, il faut savoir traiter des sujets pointus et d'autres plus « grands publics » afin de s'adresser à tout le monde tout en gardant une exigence de qualité. L'assortiment est un autre point particulièrement soigné. Je fais toujours attention à ce que les clients se sentent rassurés par des livres repères. C’est une manière de les préparer à accepter la découverte, qui reste l’essence de ce métier.

Il y a 1 an, vous avez ouvert une « annexe » jeunesse à quelques mètres de la librairie principale. Pourquoi ce choix et quel bilan en tirez-vous ?

Maya Flandin : Vivement Dimanche s'était agrandie une première fois déjà en 2004, avec un local supplémentaire que l'on avait alors consacré à la papeterie, et qui en 2011 a été transformé pour y installer le rayon jeunesse. Il était indispensable d'agrandir la librairie, le chiffre d'affaires ne cessait de progresser et on avait failli s'asphyxier plus d'une fois. Par manque de place, on ne pouvait pas avoir l'assortiment voulu, c'était une vraie difficulté. J'avais du mal à imaginer d'agrandir encore la librairie, sauf qu'à un moment on m'a proposé un local, bien trop grand il est vrai et que je n'ai finalement pas réussi à obtenir. Mais cette tentative m'a permis de me projeter dans un lieu plus grand, dans lequel nous pourrions travailler nos assortiments plus en profondeurs, dans tous les domaines. J'ai continué à chercher un grand local, mais ils sont très rares à la Croix Rousse. De fil en aiguille, il est apparu que le rayon le plus logique à développer était le rayon jeunesse. S'est présenté alors l'opportunité de cette boutique qui se libérait à l'angle de la rue, à quelques mètres seulement de la librairie. Une surface de 45 m2, idéalement située, même si l'aménagement fut un casse-tête et qu'étant donné le nombre de vitrines là aussi, nous n'avons que peu gagné en termes de mètres linéaires. Je voulais également qu'il y ait deux espaces séparés, pour les petits d'une part et les ados d'autre part. L'étage est d’ailleurs utilisé ponctuellement pour le club ado et pour certaines animations le samedi après-midi.

Entre deux et trois libraires sont mobilisés pour la librairie jeunesse car il faut répondre à la demande de conseils, qui est bien plus forte encore que côté adultes. Un an après, avec une progression à deux chiffres, nous sommes de nouveau à l’étroit…

Vous organisez de nombreuses animations dans votre librairie. Vous pouvez nous en dire plus ?

Maya Flandin : Oui, on en organise de plus en plus. Les clients attendent de nous qu'on anime des rencontres, ce qu'on doit faire en plus d'être chef d'entreprise, manager, comptable, étalagiste ! C'est très intimidant, il faut bien l'avouer, et c’est une charge de travail importante que l'on se rajoute. Comme je ne m'en sentais pas trop capable au départ et que je n'étais pas très à l'aise, j'ai préféré prendre mon temps en commençant tout doucement avec des dédicaces, des petits spectacles pour les enfants. Les clients demandaient certes le programme, mais ne s’y intéressaient pas, c'était compliqué de les faire venir. Les animations ont pris plus d'ampleur depuis une dizaine d'années environ, au moment où la librairie a été plus connue et que le contact avec les auteurs et les éditeurs a été plus facile. A l'époque nous devions nous battre pour faire venir un auteur alors qu'aujourd'hui nous devons décliner certaines propositions. Nous faisons en sorte de varier les thématiques afin d’attirer toujours de nouveaux publics.

La fréquentation des animations est devenue depuis plusieurs années une préoccupation majeure. Nous avons ainsi complètement changé notre façon de communiquer, en travaillant mieux nos newsletters, nos affiches, nos parutions dans les réseaux sociaux. Il fallait prendre en compte ces différents aspects qui ne relèvent pas, à la base, du métier de libraire. Cela est indispensable car, même avec le meilleur programme du monde, il peut n'y avoir personne à une rencontre. J'y ai donc dédié un salarié au début quelques heures par semaine, puis cela a pris de plus en plus de temps. Aujourd'hui, s'occuper de toute la communication de la librairie représente une charge de travail d'environ 20 heures hebdomadaires.

De septembre à janvier nous avons entre une et deux animations par semaine, voire parfois deux rencontres la même journée, puis le rythme ralentit. Les clients répondent beaucoup plus présents du fait que l'on affiche souvent complet, et que tout se fait sur inscription donc sur engagement de leur part. Ils aiment aussi notre façon d'animer, de poser des questions. Les rencontres sont très préparées en amont, de nombreux domaines de questions sont prévus, je n'en ai pas de précisément écrites mais plutôt des thématiques que je souhaite aborder. J'essaie de bien préparer le début, le lancement de l'entretien, puis je me laisse porter dans une discussion en restant très attentive aux propos de l'auteur. Ensuite, il est toujours prévu un moment de lecture soit par l'auteur lui-même s'il le souhaite, soit par un(e) comédien(ne), et cela fait toujours mouche. Depuis 3, 4 ans, nous avons rarement moins de 40 participants et cela monte régulièrement jusqu’à 100 (notre maximum), avec des personnes inscrites sur liste d'attente.

Il y a 3 ans, vous avez lancé dans votre librairie, l'opération «  Donnez à lire » qui est aujourd'hui reprise au niveau national chez nombre de vos confrères. Pourriez-vous nous présenter cette belle initiative ?

Maya Flandin : "Donnez à lire" est parti du lancement de "Lire en short" il y a 3 ans. Je comprenais l'opération, mais ne voyais pas comment intervenir et ce que je pouvais faire concrètement dans ma librairie au mois de juillet. Le but de Lire en short était d'apporter des livres aux enfants sur les lieux de vacances, pourquoi ne pas fournir également des livres aux enfants qui n'ont pas la chance de partir en vacances ? Je me suis mise en relation avec le comité local du Secours Populaire qui tous les ans déjà nous achetait des livres pour les offrir. En contact toute l'année avec des familles en difficultés, ils connaissent leurs besoins et savent parfaitement comment collecter et redistribuer au bon moment. L'idée du nom "Donnez à lire" m'est venu à ce moment-là, en partant du principe des épiceries solidaires qui est de proposer aux clients d'acheter un livre pour un enfant qui n'en a pas.

Dès la première année cela a très bien fonctionné, nous avons récolté 160 livres distribués par la suite à 80 enfants. J’ai partagé cette expérience avec des membres du SLF dont je suis vice-présidente et l'année suivante une des permanentes du SLF, Hélène Clémente, s’est emparée de cette initiative avec l'objectif de faire participer plus de libraires, toujours en partenariat avec les comités locaux du Secours Populaire. 180 librairies ont ainsi récolté plus de 2 000 livres en 2016. Cette année, pour sa troisième édition, l'événement est devenu national et s'étalera du 17 octobre, journée internationale du refus de la misère, au 20 novembre, journée internationale des droits de l'enfant. (plus d'informations sur l'opération Donnez à lire).

Depuis plusieurs années vous êtes très impliquée dans le collectif. Vous avez notamment été présidente de l'association Libraires en Rhône-Alpes, et occupez actuellement le poste de Vice-Présidente du Syndicat de la Librairie Française. Quel sens cela a-t-il pour vous ? Pourquoi le faites-vous ?

Maya Flandin : Quand j'ai commencé, j'aurais adoré avoir quelqu'un de référence que je puisse appeler pour demander des conseils. J'estime avoir fait beaucoup d'erreurs et avoir perdu du temps sur nombre de petites choses en créant systématiquement tout de A à Z. Lorsque je suis devenue co-présidente de l'association Libraires en Rhône-Alpes entre 2008 et 2014, l'un des premiers projets que l'on a souhaité mettre en place avec la déléguée Marion Baudoin, est le système des tutorats. J'ai ainsi pu accompagner les repreneurs à l'époque de la librairie des Danaïdes à Aix les Bains pour la lecture de leur bilan, l'aménagement de leur librairie et bien d'autres points. Dès lors, un lien particulier se crée, il s'agit d'un véritable échange dans lequel les deux parties s'apportent mutuellement énormément. Dès que j'ai commencé à être en relation avec d'autres libraires, j'ai réalisé tout ce que cela pouvait apporter. Certes cela prend du temps, mais cela permet surtout de prendre du recul, ce qui est précieux dans un métier où l'on peut avoir la tête dans le guidon en permanence. Bien souvent la réponse aux problèmes des libraires est la mutualisation. Parfois, s'arrêter et réfléchir, échanger sur nos bonnes pratiques, nous permet de gagner énormément de temps, et surtout cela permet de redonner du sens. Je pense que je n'aurais pas pu continuer si mon objectif avait juste été d'être rentable ; j'ai besoin de sens et de savoir que le maillage territorial au niveau des librairies va se poursuivre. Mon engagement peut paraître naïf, mais depuis le départ ce qui me paraît primordial est la transmission, c'est pour cette raison que je voulais ouvrir initialement une librairie jeunesse. Je ne peux pas imaginer un monde sans livres, j'estime qu'un enfant qui a le goût de lire et qui sait où trouver les bonnes informations est bien plus ouvert et éclairé. Les gens les plus violents, on le voit bien, sont souvent ceux qui n'ont pas les mots. L’engagement que je n'ai jamais perdu de vue est cette idée de transmission.

Je n'avais pas du tout imaginé être co-présidente de Libraires en Rhône-Alpes, cela s'est fait un peu par hasard et presque malgré moi au départ, mais cela m'a permis de découvrir et de comprendre le fonctionnement des instances officielles et des politiques publiques...très éloignés de celui de mon entreprise de librairie. J'ai énormément appris, et si je n'avais pas occupé cette fonction, peut-être que l'on ne m'aurait pas proposé le siège de vice-présidente du SLF il y a 5 ans.

Propos recueillis par Libraires en Rhône-Alpes – Octobre 2017

Librairie Vivement Dimanche

4, rue du Chariot d'or

69 004 Lyon

Tél : 04 78 27 44 10

Année de création : 1997

Surface actuelle de la librairie : librairie adulte 110 m2 / annexe jeunesse : 45 m2

Stock moyen : 20 000 références

Nombre de salariés : 10 dont 2 apprentis et 1 temps partiel en communication

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