Portrait du libraire Daphné Coste et Antoine Tracol

Au Détour des Mots Bleus

Portrait réalisé le 14/11/2018

Daphné Coste et Antoine Tracol sont aujourd'hui chacun à la tête de leur propre librairie : Les Mots Bleus à Fontaines-sur-Saône (Rhône), et Au détour des mots à Tournon-sur-Rhône (Ardèche). Deux librairies implantées dans des villes moyennes, deux parcours aux nombreuses similitudes, et surtout deux jeunes repreneurs qui se sont jetés dans le grand bain avec un enthousiasme communicatif qui n'attend qu'à être partagé...

Pour commencer, pouvez-vous nous présenter votre parcours. Comment en êtes-vous venus au métier de libraire et qu'est-ce-qu'il représente pour vous ?

Daphné Coste : A l'issue de mes études en sciences politiques à l'IEP de Lyon, j'ai travaillé trois ans dans le domaine du logement social et de l'urbanisme avant d'intégrer par la suite une association œuvrant dans l'économie sociale et solidaire. Des secteurs qui me tenaient à coeur mais je souhaitais évoluer vers le domaine du livre et y développer mon propre projet, après avoir travaillé dans des domaines très contraints, avec peu de marges de manoeuvre individuelle. J'avais déjà cette volonté d'être indépendante et de faire les choses à ma manière.

Grande lectrice, j'ai toujours été passionnée de littérature. Déjà, lorsque je faisais mes études, je suivais de loin la formation de gestionnaire en librairie proposée à l'époque par la CCI de Lyon. Chaque année je m'interrogeais quant au fait de l'intégrer ou non. Le fait de ne pas avoir fait d'études littéraires me titillait depuis toujours et je me demandais ce que je pourrais faire dans ce domaine qui me paraissait inaccessible. Je ne me suis pas autorisée à faire ce choix car à l'époque je ne percevais pas les débouchés possibles. Mon contrat s'étant interrompu et la formation de libraire commençant 1 mois après, je n'ai pas hésité plus longtemps pour me lancer. Les deux choses qui me font palpiter dans ce métier sont le rôle de passeur qu'il implique ; partager ses coups de cœur, faire circuler des livres et des idées qui me tenaient à cœur. Je voulais aussi un métier polyvalent, varié où j'avais prise sur tous les aspects, de la communication à la logistique en passant par la comptabilité. Bref, je voulais gérer mon business de A à Z et comme je l'entendais.

Antoine Tracol : J'ai passé un bac littéraire et c'est là que j'ai eu l'idée de devenir libraire, très rapidement. En Première j'ai eu la chance de faire partie du jury du Goncourt des lycéens et d'avoir des professeurs formidables et très inspirants. Je fréquentais déjà beaucoup les librairies à l'époque. A l'issue de ma première année de fac de lettres, la formation BP libraire à ouvert ses portes à Villefranche-sur-Saône, le timing était parfait, je n'ai pas hésité une seconde pour m'inscrire et intégrer la première promotion. Au bout des deux ans de formation en alternance, j'ai travaillé 3 ans en tant que salarié dans deux librairies de la région, Lucioles à Vienne et Au Temps retrouvé à Villard-de-Lans avant de me lancer dans ma propre affaire.

Pour moi il s'agit d'un métier politique avant toute chose, engagé, où, en tant qu'indépendant, on fait des choix, on prend des décisions, mais c'est aussi et surtout avoir une identité.

Vous avez tous deux évoqué une formation de libraire avant de vous lancer dans ce métier. Que pouvez-vous nous en dire ? Avez-vous constaté un décalage, ou pas, entre la théorie et la pratique sur le terrain, et y a-t-il des aspects auxquels vous n'étiez pas du tout préparés ?

Daphné Coste : Je ne peux faire que l'éloge de la formation de la CCI de Lyon qui malheureusement n'existe plus aujourd'hui. J'ai fait partie de la dernière promotion de 2015. C'était comme une porte d'entrée, un passeport pour le milieu du livre. Tous nos enseignants étaient libraires ou éditeurs. Ils nous parlaient donc de la réalité du métier. Pendant 9 mois on était comme dans une bulle, où l'on parlait, dormait librairie, où l'on faisait des projets ensemble tout en développant sa culture générale. Ce fut comme une parenthèse de grande stimulation, d'effervescence dans ma vie professionnelle. C'était une formation très opérante qui donnait beaucoup d'outils notamment en gestion, mais il est vrai que le rush, la densité et l'intensité du travail, le stress, eux, ne peuvent s'appréhender qu'une fois en place dans la librairie, où l'on réalise que l'on ne s'arrête jamais, et que l'on pas le temps de faire tout ce suivi et la gestion qu'on nous a enseigné. Dans son magasin, le libraire est un véritable équilibriste, il doit être disponible et conseiller les clients tout en répondant au téléphone, en complétant une facture, en défaisant une pile de 40 cartons, en gérant des lignes entières de comptabilité...

Antoine Tracol : C'était la première promotion du BP libraire de Villefranche-sur-Saône. On était très peu nombreux, 5 apprentis ! avec des profils très différents et des librairies qui l'étaient tout autant. Pendant 2 ans, le rythme était d'une semaine par mois en cours et le reste en librairie. J'ai effectivement ressenti un décalage entre la pratique et le théorique, mais je pense que c'est plus lié à la méthode de travail en entreprise qu'à la formation BP qui était très détaillée concernant l'économie, la gestion, le droit des entreprises, la vente etc.... Je n’avais pas tout vu en tant qu’apprenti, la librairie n'étant pas informatisée, il n'y avait donc aucune statistique, ce qui fait qu'il y avait effectivement un décalage entre ce que je voyais en cours et ce qu'il se passait vraiment sur le terrain. C'est en arrivant chez Lucioles, après mon apprentissage, que j'ai vraiment découvert le métier de libraire. Tout ce qui relevait de la négociation avec les représentants et de l'implantation avant ouverture était beaucoup plus difficile une fois sorti de la salle de cours.

Vous avez repris des librairies bien installées depuis de nombreuses années et gérées par des personnalités fortement identifiées. Comment cela s'est passé pour le/la jeune repreneu(r)(euse) que vous êtes ?

Daphné Coste : Je suis originaire de Fontaines-sur-Saône mais le fait d'avoir repris la librairie du village de mon adolescence est un vrai hasard. Après avoir exploré plusieurs pistes de reprises j'ai opté pour cette librairie. Je croyais à la périphérie de Lyon, à la proximité, au petit village dans lequel les gens tiennent à leurs petits commerces. En même temps on est proche de Lyon avec une certaine mixité sociale. Bref, il y a quelque chose qui fait fonctionner le vivre ensemble à Fontaines-sur-Saône.

La précédente gérante, Madeleine Lucet, avait créé la librairie en 2005. C'était une personne très appréciée localement qui souhaitait prendre sa retraite après près de 11 ans de travail intense. Pendant trois mois j'ai bénéficié d'un tuilage avec elle ce qui m'a été vraiment très bénéfique, et j'ai plongé dans le grand bain, toute seule, à la période de Noël. Un bizutage stressant mais réussi !

Antoine Tracol : La librairie Courtial appartenait à la même famille depuis 179 ans ! Elle a été créée en 1839 par Antoine Vialette (le seul homme, car ensuite elle s'est transmise de mère en fille sur plusieurs générations) et les locaux appartenaient auparavant à un Tracol, cette coïncidence est plutôt marrante presque 2 siècles plus tard ! La reprise s'est très bien passée, j'ai eu la chance d'avoir à faire à une personne qui était ouverte à la négociation, et très à l’écoute. Anne-Catherine Barthelon (l'ancienne propriétaire) souhaitait tourner définitivement la page mais elle voulait que cela reste une librairie. On se connaissait déjà, je faisais partie du « paysage local » et fréquentais déjà la librairie. Je ne souhaitais pas particulièrement de tuilage, ainsi, dès le mois de mars 2018, je me suis retrouvé directement seul dans le grand bain, mais heureusement c'est une période plutôt calme en librairie.

Vous lancez seul(e) dans la reprise d'une librairie était-il votre projet initial ou avez-vous pensé également à la création, voire au salariat ? Le processus a-t-il été long ?

Daphné Coste : J'ai fini ma formation en décembre 2015 et je suis arrivée ici le 1er septembre 2016. Dans les faits j'ai commencé à travailler sur ce projet au mois de juin, j’étudiais une autre reprise à laquelle je n'ai finalement pas donné suite. Comme j'avais d'ailleurs travaillé 1 mois pendant la période de Noël de l’année précédente, j’étais déjà conquise par la dimension très conviviale de la clientèle, le charme de cette petite librairie et le potentiel de développement dans un village dynamique au niveau démographique. Les négociations sont allées finalement assez vite, nous avons trouvé un accord financier en quelques semaines.

Antoine Tracol : Le chemin a été long... Avec les délais administratifs de rigueur, en tout le processus a duré 1 an. L'implantation m'a pris beaucoup de temps, environ 4 mois. Ce qui était difficile pour l'ancienne gérante ce n'était pas tant la librairie mais le lieu, l'espace familial qu'elle représentait. Dès le début de mes études je voulais avoir ma propre librairie. J'avais même eu le projet de reprendre la librairie dans laquelle j'étais en apprentissage mais je me suis rendu compte que cela aurait été une grosse erreur de me lancer si rapidement à la fin de mon apprentissage. Je ne connaissais pas assez le métier, j'avais besoin de ces années d'expérience chez Lucioles et Au Temps Retrouvé pour voir d'autres façons de travailler, de faire avec les représentants, d'acheter, de vendre, pour lire aussi. Je pense que j'aurais été droit dans le mur. J'ai ainsi pu mûrir mon projet, développer mes contacts avec des auteurs, des représentants etc..., ce fut bienfaiteur. J'avais pensé un temps à une librairie jeunesse avec une associée mais je me suis vite rendu compte de la non faisabilité du projet. La propriétaire de la librairie Courtial avait déjà évoqué la possible cession de sa librairie mais ce n'était pas encore le moment pour moi. Puis en revenant de Villard-de-Lans où j'avais passé un an, j'ai repensé à cette offre et les choses se sont enclenchées. Dès le départ en revanche mon projet se situait en Ardèche, et si possible à proximité de Tournon, ma ville de cœur.

L'une à Fontaines-sur-Saône, l'autre à Tournon-sur-Rhône, dites-nous en plus sur ces deux villes et sur vos librairies ? La clientèle a-t-elle suivi ?

Daphné Coste : Fontaines est un petit village de 7 000 habitants sur les bords de Saône, à 20 min de Lyon, organisé autour d'un petit centre avec un certain dynamisme commercial. Il y règne une grande mixité sociale, les habitants ont des niveaux de vie très différents. La librairie est située dans un petite rue piétonne, je suis bien identifiée du fait de l'ancienneté de la librairie. Il y a une forte densité de librairies dans les villages alentours mais les barrières géographiques font que l'on n'empiète pas les unes sur les autres ! On s'entend tous très bien, on se renvoie d'ailleurs fréquemment des clients via la plateforme de géolocalisation de livres chez-mon-libraire.fr.

L'attachement à la librairie est incroyable, la clientèle a majoritairement suivi, certains viennent là depuis 15 ans. Elle est surtout familiale et elle a même un peu évolué au profit de clients plus jeunes, avec des centres d'intérêts plus engagés ou alternatifs. La première année, je n'ai subi de baisse d'activité, au contraire, ma fréquentation a augmenté de 15% et j'ai même vu de nouveaux clients franchir le pas de la porte.

L'association des commerçants est très dynamique. On organise des événements festifs, des jeux concours, des campagnes de communication. On a également participé à la mobilisation contre l'espace culturel Leclerc qui devait s'agrandir à proximité à Genay, et nous restons attentifs quant à un potentiel projet d'agrandissement de l'espace culturel du Auchan Caluire, pas très loin également.

Antoine Tracol : Tournon est une ville moyenne de 11 000 habitants et qui draine 6 000 scolaires avec tout le plateau ardéchois et une petite partie de la Drôme des collines. J'ai quelques projets avec notamment le lycée professionnel hôtelier auprès duquel j'interviens ponctuellement pour présenter le métier de libraire. J'essaie d'instaurer des partenariats en travaillant avec les documentalistes, les Centres de Documentation et d'Information des établissements etc... Tournon a connu une période très dynamique, mais cela a décliné suite à la construction d'un parking souterrain il y a 7 ans qui a supprimé les autres places. Les clients ont déserté le centre pour se tourner vers Valence et ses grandes zones commerciales. De nombreux commerces ont alors fermé. On essaie de faire revenir la clientèle et de mettre en avant le fort potentiel touristique de la ville avec les bateaux de croisière fluviale notamment. L'association de commerçants, dont je fais partie, est très dynamique. C'est une ville en laquelle je crois énormément car entre Annonay et Valence il n'y a pas grand chose en termes de commerces. La municipalité essaie de faire venir les Valentinois, la Drôme des collines et tout le plateau ardéchois en embauchant du personnel pour redynamiser le centre. C'est une ville particulière car engagée : toute la rue piétonne principale n'est occupée que par des commerces indépendants.

La clientèle évolue un peu. Au début j'avais beaucoup d'anciens clients qui ont continué à venir malgré les 3 mois de fermeture de la librairie. Ils ont un peu changé leurs habitudes mais ils sont très contents de ce qu'est devenue la librairie d'après ce que je peux en entendre. Et surtout je ne boude pas mon plaisir d'avoir beaucoup de nouveaux clients, la trentaine, anciens utilisateurs de Cultura ou Amazon, et qui aujourd'hui viennent en librairie indépendante. J'ai pas mal de lycéens aussi, notamment pour les mangas. Les jeunes sont présents. La clientèle est très en attente de conseils, quasiment tous ceux qui rentrent en veulent un et c'est génial ! Il y a une vraie discussion qui s'instaure. J'ai eu une hausse d'activité dès le départ, ce qui m'a récemment permis d'embaucher Marianne.

Avez-vous procédé à des changements, des aménagements ou d'autres modifications dans vos magasins respectifs ? Votre offre ou vos rayons ont-t-ils changé et avez-vous insufflé de nouvelles orientations ?

Daphné Coste : J'ai fait quelques travaux de rafraîchissement. L'intérieur a été repeint en blanc, l'éclairage a été renforcé, on a valorisé les livres en construisant des facing de manière un peu artisanale, mais néanmoins solide ! Cette année j'ai également fait refaire la façade avec le soutien de la commune. Concernant l'offre, j'ai créé un coin BD en triplant le stock et en faisant des aménagements pour les mettre plus en vue. J'ai supprimé quasiment toutes les grilles d'offices, pour pouvoir choisir et affiner mon assortiment et me permettre d'aller vers des choix plus confidentiels au niveau des éditeurs notamment. Je m'intéresse beaucoup à l'écologie, à la BD adulte où j'essaie de faire des sélections plus originales. J'ai beaucoup travaillé sur mon stock, cela m'a pris deux ans pour avoir ce qu'il faut et trouver le juste équilibre entre ce que l'on me demande et ce que j'ai envie de proposer.

Antoine Tracol : La librairie est restée fermée 3 mois à partir du 24 décembre. Les travaux ont duré environ 1 mois puis il y a eu tout le travail d'implantation. J'ai essentiellement rafraîchit l'ensemble en changeant le carrelage au sol pour du parquet, en repeignant, en uniformisant l'éclairage, j'ai libéré l'espace dans la librairie en évacuant deux grandes banques en bois pour permettre aux gens de circuler plus aisément dans les rayons. Enfin j'ai refait la devanture et j'ai dégagé la vitrine qui fait deux mètres de haut afin que l'on puisse voir l'intérieur du magasin ; ma vitrine c'est le magasin.

J'ai tout repris à zéro au niveau de l'offre de livres. J'ai à présent des mangas et de la BD qui n'étaient pas très bien représentés avant et j'ai surtout beaucoup de nouveautés. Je travaille finement mes offices et j'ai reconstitué également le fonds. J'ai de nombreux coups de cœurs en jeunesse qui est le rayon que j'ai le plus développé, à tel point que je termine juste l'agrandissement d'un nouvel espace dédié qui servait avant de salon. Il y a une forte demande du fait du nombre de jeunes parents qui viennent s'installer et travailler dans les environs, et de grands-parents qui s'occupent de leurs petits enfants. Marianne, embauchée comme libraire le mois dernier, conseille en science-fiction, en fantasy ; des rayons que personnellement je connais beaucoup moins, on se complète donc bien et on est en mesure de faire une sélection intéressante pour tout le monde.

De quels soutiens et aides avez-vous bénéficié ?

Daphné Coste : J'ai été suivie par l'ARALL (Auvergne-Rhône-Alpes-Livre et Lecture), la DRAC et la Région Auvergne-Rhône-Alpes. Cela m'a permis d'avoir une aide à la reprise sous la forme d'une subvention qui m'a grandement aidé pour les travaux que j'ai eu à faire. La ville de Fontaines a également financé 1/3 des travaux de façade. J'ai aussi bénéficié du suivi et des conseils de Libraires en Rhône-Alpes ainsi que du soutien de la profession : beaucoup de libraires m'ont accordé de leur temps et m'ont aidé à mieux comprendre ce que représentait une reprise et à lire des chiffres. Sans parler des personnes rencontrées lors de ma formation.

Antoine Tracol : J'ai reçu le soutien du CNL en subvention et en prêt à taux zéro, ainsi que de la région Auvergne-Rhône-Alpes et la DRAC pour la reprise et l'agrandissement et l'informatisation. La banque m'a également suivi en me faisant un prêt à taux zéro. J'ai eu enfin le soutien financier et moral d'Initiactive : une association organisée autour d'une commission constituée de banquiers, de comptables... qui font du prêt à taux zéro, et mettent en réseau avec d'autres entrepreneurs des départements de la Drôme et de l’Ardèche. Cela permet de bénéficier d'un œil extérieur sur les aspects commerciaux, il y a aussi un important suivi mensuel des chiffres, les banques ont d'ailleurs suivi grâce à eux car ils se sont portés garant à hauteur de 60%. Ce dispositif court sur 5 ans.

J'ai pu compter sur l'aide de confrères comme Sophie Agraphioty de la librairie La Virevolte (Lyon), qui venait tout juste de reprendre sa librairie. Daphné Coste m'a aidé sur l'implantation, on avait même eu l'idée de s'associer au tout début de nos réflexions mais nous sommes finalement restés chacun sur nos terres natales. Les libraires de la Parenthèse à Annonay m'ont bien soutenu moralement du début à la fin. L'association Libraires en Rhône-Alpes a également été de précieux conseils dès le début.

Quel bilan faites-vous aujourd’hui et quelles sont vos perspectives à plus ou moins long termes ?

Daphné Coste : Mon bilan est super positif, je suis très contente d'avoir trouvé ma place à Fontaines et un point d'équilibre qui va me permettre d'embaucher dès novembre 2018 et donc de retrouver un travail plus qualitatif. Mon point faible ce sont les rencontres, les événements car je n'ai pas le temps de bien les travailler. Je fais tout dans l'urgence et cela finit par être très frustrant. Donc mes perspectives sont d'embaucher quelqu'un à présent que c'est possible, et de m'appuyer sur cette personne afin de développer ma communication et mon événementiel, d'insuffler un nouveau souffle en faisant des coups de coeur libraire par exemple, en animant les réseaux sociaux plus régulièrement.

Les frais fixes comme le loyer étant très faibles, cela me permet d’avoir un appel d’air pour embaucher. Je suis persuadée que les librairies indépendantes dans les petites villes périphériques peuvent vraiment se développer, car l'attachement des clients à leur librairie dans leur village est essentiel. Par ailleurs, les charges sont moins lourdes et les acteurs locaux mobilisés pour soutenir leurs commerces.

Antoine Tracol : Aujourd'hui, 7 mois plus tard, je suis ravi et enchanté ! C'est au-delà de mes espérances, j'ai de très bons retours des clients sur la librairie. L'entente est très bonne avec les autres commerçants avec lesquels je mets en place des partenariats. Le bilan est extrêmement positif et j'ai même pu embaucher Marianne fin août, à 24h/semaine pour l'instant.

Une de mes perspectives, qui était l'agrandissement du coin jeunesse, s’est réalisée début novembre. Je n’ai pas forcément gagné beaucoup de place en jeunesse mais j’en ai libéré pour la BD/Mangas qui est un rayon que je compte aussi beaucoup développer. Je souhaite m'investir un peu plus dans les salons, rencontrer plus de monde ; j'ai envie de participer à la connaissance du métier auprès des collégiens, des lycéens, et des étudiants, d'avoir une action de sensibilisation éducative, de faire rayonner le livre tout en leur faisant passer des messages informatifs et militants sur le prix unique du livre ou les ravages d'Amazon par exemple. Je trouve cela très gratifiant et j'apprends énormément auprès d'eux ; il est très important pour moi de ne pas me cantonner uniquement à la librairie.

Et si c'était à refaire... ?

Daphné Coste : Mais évidemment ! Tout de suite, mais à deux ! C'est très difficile d'être seule, à deux c'est pouvoir développer une complicité qui permet de mettre en place des projets et d'aller plus loin. C'est se partager les tâches, lire plus, avoir une vision complémentaire et plus d'énergie au final. On ne pouvait pas être deux au départ sur ce projet, et là c'est une vraie surprise pour moi de pouvoir embaucher. Je suis très contente et soulagée que cela puisse se faire au bout de 2 ans, notamment avec la période de Noël qui approche...

Antoine Tracol : J'irai avec grand plaisir ! C'est vrai que cela a représenté énormément de stress mais une fois que cela a été signé, tout est retombé et j'avais surtout hâte de me mettre au travail. Si c'était à refaire je le referai volontiers et cela me ferait, je pense, beaucoup moins peur. Il s'agissait d'un projet mûrement réfléchi, pendant plusieurs années...

Propos recueillis par Libraires en Rhône-Alpes – Octobre 2018

 

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Année de création : 2005 Année de création : 1839
Année de reprise : 2016 Année de reprise : 2018
Surface de la librairie : 48m2 Surface de la librairie : 48 m2 avant la reprise / 69 m2 après
Stock moyen : 8 000 références avant la reprise / 9 000 après Stock moyen : 12 000 références avant la reprise / 8 000 après
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