Portrait du libraire Esther et Marie-Laure

Ma petite librairie

Portrait réalisé le 20/07/2016

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2, place de la Halle - 38 300 Bourgoin Jailleu

« Ma Petite librairie » à Bourgoin-Jallieu en Isère et ses deux pétillantes libraires, nous reçoivent pour nous parler de leur librairie. L'occasion d'un état des lieux après le succès du financement participatif lancé en décembre 2015 pour sauver la librairie, qui leur permet aujourd'hui de la maintenir en place contre vents et marées. Entretien avec l'une des libraires, Esther Duclercq, qui revient pour nous sur cette « singulière aventure ».

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots votre librairie ?

Esther Duclercq : Nous avons ouvert la librairie le 19 octobre 2011. Nous nous connaissions déjà, Marie-Laure et moi, ayant travaillé toutes les deux pendant près de dix ans dans une autre librairie-papeterie locale. Nous avions la même vision de la librairie : l’accueil, l’échange, le conseil… Début 2011, nous avons été toutes les deux licenciées. Après un temps de réflexion quant à notre avenir, nous nous sommes lancées dans la création d’une librairie indépendante, accueillante, conviviale, de taille humaine, qui proposerait des ouvrages pour tous, avec un accent particulier sur la jeunesse et les jeunes adultes, où le conseil, le partage et l’échange de lectures seraient présents, et où les auteurs seraient accueillis pour rencontrer un public curieux et intéressé.

Le positionnement de notre librairie est généraliste, avec un accent important sur la jeunesse et les adolescents. Nous avons également un peu de jeux, pour tous les âges. D'autre part, en tant que membre de l'association des commerçants de la ville, qui est très active et avec laquelle nous avons de bonnes relations, nous pouvons être amenées à participer à des animations.

Nous sommes par ailleurs très impliquées avec les bibliothèques, les écoles, collèges, associations de parents d'élèves qui représentent une part importante de notre Chiffre d'affaires.

Au vu du triptyque qui coiffe le blog de votre librairie « Authentique, conviviale et indépendante », comment envisagez-vous le rôle du libraire ?

Esther Duclercq : Nous souhaitons tisser de véritables liens de convivialité avec les personnes qui se présentent et poussent la porte de notre établissement. Il est essentiel pour nous d'être dans un échange véritable, authentique, ainsi je préfère que quelqu'un parte les mains vides mais soit content du dialogue et de l'échange que l'on a eu et qu'il revienne, plutôt que de forcer une vente et de ne plus jamais le voir.

L’authenticité, la convivialité et l’indépendance sont vraiment les trois maîtres mots de Ma petite Librairie. L’authenticité c’est à la fois ce que nous sommes, Marie-Laure et moi, deux libraires passionnées, mais c’est aussi le lieu lui-même, où le client prend plaisir à circuler et à « fouiner » dans les rayons, où il peut s’asseoir pour consulter un ouvrage ou même, se reposer…

La convivialité c’est le plaisir du public qui pousse la porte pour découvrir une perle littéraire ou dénicher LE livre qu’il ne cherchait pas…

L’indépendance c’est aussi la liberté de ne pas répondre à des choix littéraires imposés. Certes, de nombreuses références que nous proposons sont effectivement présentes dans les grandes surfaces culturelles, mais il y a également de nombreux titres d’auteurs plus confidentiels, ou qui ont un intérêt à nos yeux. Cela fait partie du rôle de la librairie indépendante : proposer des ouvrages méconnus ou qui ne bénéficient pas d’une presse importante.

Le partage des idées de lectures est également primordial. Je me souviens d’une cliente ayant encensé le livre d’Hélène Gestern « Eux sur la photo ». C’était un premier roman. Nous l’avons lu et étions tellement emballées que nous avons invité l’auteure à venir partager avec les lecteurs les émotions que ce livre engendrait.

Ma Petite Librairie est comme nous l’avions souhaité, ce lieu d’échanges, de conseils dans une ambiance conviviale et détendue. Il n’est pas rare, lorsqu’un auteur ou un groupe de musiciens vient, de partager un verre de l’amitié avec les personnes présentes, même si ce sont des clients qui ne sont pas venus pour l’invité.

Vous avez eu recours à un financement participatif il y a peu. Pourquoi s'être orienté vers cette alternative ? Quelles étaient vos difficultés ?

Esther Duclercq : Nous traversions de nombreuses difficultés financières depuis le mois de mars 2015. Notre banque refusant de nous suivre sur un prêt à court terme, ça allait très mal et nous avions le moral dans les chaussettes. Plusieurs de nos comptes ayant été fermés, en juillet la situation semblait plus désespérée que jamais. J'ai alors pris l'initiative d'en parler à quelques clients de confiance que je ne connaissais pas forcément mais que j'appréciais. Un petit groupe a alors décidé de se réunir plusieurs fois dans les semaines et mois qui ont suivi afin de mettre en oeuvre un plan de "sauvetage" de la librairie.

Il a été question pendant un temps de se constituer en association ou en SCIC, mais après avoir eu vent en novembre de la démarche de la librairie A Titre d'aile à Lyon qui lançait un financement participatif sur Ulule, nous avons finalement décidé de nous diriger également vers cette alternative. Cela nous semblait au final plus simple et plus rapide. L'association quant à elle n'est pas tombée aux oubliettes, les statuts sont même prêts, mais on a décidé de la mettre de côté pour l'instant.

Nous avons donc lancé notre propre financement participatif sur la plateforme Ulule entre le 8 décembre et le 24 janvier 2016, sachant que tout était déjà en place pour le projet d'association. En moins de deux mois nous avons récolté plus de 35 000 €, nous avions atteint notre objectif et c'était inespéré. Nous avons été très surprises par l'ampleur que cela a pris.

D'autres types de soutiens, d'aides, se sont-ils manifestés autour de vous ?

Esther Duclercq : L'IFCIC (L'Institut pour le Financement du Cinéma et des Industries Culturelles) nous a beaucoup soutenues. Nous les avons contacté en mars, et fin juin ils acceptaient de se porter garants pour notre autorisation de découvert, et nous octroyaient également un prêt à taux modéré.

Nous avons aussi pu compter sur un soutien sans faille de la part de nos clients et des medias locaux que ce soit la radio, la presse écrite, la télévision régionale. Les clients nous ont énormément soutenues et ça continue encore aujourd'hui. Ils ont pris conscience de l'importance de l'existence de la librairie indépendante et des commerces de proximité auxquels ils sont très attachés. Cela s'est manifesté à travers des donations, des propositions de rencontres de la part d'auteurs… et même de ventes de gâteaux !

Quel bilan tirez-vous de cette expérience quelques mois après ? Escomptiez-vous ce résultat ?

Esther Duclercq : On s'est enfin retrouvé en positif et on continue à faire très attention à nos achats. Avant on avait la tête sous l'eau, là on a l'eau au cou...

Je dirais que "L'effet Ulule" ne cesse de nous étonner et qu'il se poursuit ! Les gens continuent de venir et de nous en parler. Notre Chiffre d'affaires caisse est en progression constante depuis décembre. La situation est encore tendue avec notre banque bien-sûr, nous avons encore un prêt assez lourd à rembourser dans les deux ans qui arrivent.

Les clients restent inquiets quant aux emplois de leurs libraires et ils s'enquièrent sans cesse de la situation de la librairie. Ils se sentent vraiment impliqués. Nous avons pu compter sur un nombre incalculable de soutiens spontanés : des auteurs proposent des signatures, un formateur d'instituteurs anime une fois toutes les six semaines environ une conférence "La petite conf du samedi", Marie-Laure s'est vu proposer quelques heures de travail hebdomadaires par une directrice d'école etc... La fréquentation a augmenté et les clients continuent de parler de nous. Nous voyons beaucoup de nouvelles personnes qui « s’approprient » à leur tour Ma petite Librairie.

Même si la démarche n’était absolument pas facile au départ, Ulule nous a permis de constater combien nous étions soutenues, et cela ne peut que nous encourager à nous battre et continuer d'aller de l’avant.

Et maintenant... ?

Esther Duclercq : Nous voulons continuer bien-sûr et nous pensons même fêter nos cinq ans l'automne prochain ! Il nous faut augmenter la part du chiffre d'affaires caisse notamment, en poursuivant nos efforts en matière d’achats et en faisant preuve d'encore plus de rigueur.

Nous comptons multiplier les rencontres auteur-public et continuer de nous « exporter » dans différents salons, des médiathèques, des écoles, collèges, lycées… et surtout, nous serons toujours à la disposition des clients, petits et grands, afin de leur proposer de nouvelles lectures…

Nous souhaitons, courant de cet automne sans doute, mener à bien notre projet d'association. Il s'agirait d'un collectif de clients prêt à s'investir dans des actions propres à soutenir et développer l'activité de la librairie comme participer à des salons extérieurs, aider à la création et à la diffusion de supports de communication, contacter des auteurs pour des signatures etc.. Nous ne savons pas encore quelle forme cela prendrait exactement, mais les idées elles, ne manquent pas.

Enfin, nous avons également une cave voutée de 60 m2 encore inexploitée et que nous envisageons de rénover afin d'en faire un espace de rencontres, d'expositions, mais c’est un projet à plus long terme.

 

Propos recueillis par Libraires en Rhône-Alpes – Juillet 2016

 

Ma Petite librairie

2, Place de la Halle

38300 Bourgoin-Jallieu

Tél : 04 74 93 32 26

Année de création : 2011

Surface de vente : 100 m2

Stock : 9 000 références

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