Parole aux libraires ...Libraire depuis 1864 !Quelles sont les grandes étapes de l'histoire de la librairie Montbarbon ? Philippe Montbarbon : Jean-Marie Montbarbon s'est vu décerner le « Brevet de Libraire » le 9 mai 1864. C'est avec une grande fierté que nous conservons l'original de ce document, dont il ne doit exister que peu d'exemplaire en France. Il a pour origine la volonté de Napoléon III de séparer les activités de librairie de celles de l'imprimerie. Quel est le positionnement de la librairie ? Philippe Montbarbon : Montbarbon est une librairie dite « généraliste ». Depuis la fermeture de notre principal confrère en 1974, c'est devenu « la » librairie de Bourg en Bresse. Nos concitoyens se la sont d'ailleurs appropriée. Il n'est pas rare d'entendre les jeunes générations dire « on va chez -ton-barbon ». Au fil des ans, cette situation de quasi monopole nous a permis de tenir sans évolution majeur dans l'offre que nous proposions à la clientèle. Plusieurs fois nous avons hésité à franchir le pas de la « périphérie ». C'était une option à la mode à la fin des années 90, et elle nous aurait permis de palier à l'absence de surface suffisamment grande en centre ville. Nous avons malheureusement trop longtemps hésité sur un projet qui n'a pas abouti, lorsque nous avons eu l'annonce de l'implantation d'une grande surface culturelle sur la ville. A partir de cette date nous avons fait le « dos rond », d'autant plus que ce n'est pas une, mais deux grandes surfaces qui se sont installées et qui, pendant trois ans, nous ont fortement bousculés. Il nous restait à mourir, en cinq ans environ, ou réagir en centre-ville cette fois-ci puisque la périphérie était pourvue. Au mois d'avril 2010, nous avons appris qu'un commerce de 700m² se libérait dans un lieu en devenir de la ville. Nous n'avons pas hésité plus de 24 heures, pour que le magasin de la Place Carriat ouvre le 29 avril 2011. Comment a été concu ce nouveau lieu ? Philippe Montbarbon : Nous nous sommes appuyé, pour concevoir ce nouveau lieu, sur notre groupement Libraires Ensembles, qui nous a permis une approche très précise de l'utilisation des surfaces. En fonction des rayons que nous gérions auparavant et de l'objectif souhaité pour chacun, nous avons validé une implantation au millimètre dans un mobilier conçu par par leur prestataire. Plusieurs éléments ont été pris en compte dans la conception de cette nouvelle librairie. Premièrement, nous l'appelons encore « librairie », car nous sommes partis du principe qu'il fallait, pour reprendre l'expression de certains clients, redonner à la ville de Bourg La Librairie qu'elle méritait. Sachons rester modeste, mais force est de constater que le livre occupe les quatre cinquièmes de l'espace, que la littérature, la jeunesse et la bande dessinée ont été développés. Quel est le premier bilan, quelques mois après le déménagement ? Philippe Montbarbon : Après quelques mois d'exploitation, le pari est en passe d'être réussi, même s'il faut rester très prudent, car les surcoûts de mises aux normes, font que l'équilibre est fragile. Comment envisagez vous l'avenir ? Philippe Montbarbon : Si la première période est positive, il va falloir transformer l'essai. Le livre a encore un avenir certain dans sa forme papier, mais celui-ci va se faire grignoter au fil du temps. Le livre numérique va s'implanter doucement mais surement. Il serait irréaliste de penser le contraire. Mais ils serait tout autant irréaliste d'imaginer un effondrement brutal et rapide. A nous de savoir donner envie à nos clients de venir dans des lieux de vie agréables. Pour cela il faut que nous devenions des acteurs de la vie culturelle de l'agglomération tant en livre qu'en musique. Nous l'avons initié dès notre arrivée avec la réalisation régulière de « show case » dans la librairie, et un programme important d'animations et de rencontres. Nous avons également une programmation de conférence, avec des partenariats extérieurs, qui se met en place.
LIBRAIRIE MONTBARBON à Bourg-en -bresse - Voir le site internet ![]() Propos recueillis par Libraires en Rhône-Alpes en Février 2012 En savoir plus sur le Brevet de libraire - in Histoire de la librairie française, Ed. cercle de la librairie. "Par le décret du 5 février 1810 "contenant règlement sur l'imprimerie et la librairie", Napoléon III crée un brevet qui fixe les codes du métier jusqu'en 1870. Les libraires, ces "marchands de livres", sont clairement distingués des imprimeurs, sur lesquels l'Etat pèse de tout son poids. Vingt-six des cinquante et un articles du décret de 1810 sont consacrés aux délits et aux punitions que peuvent encourir les professionnels du livre, contre cinq encadrant le métier de libraire. Le texte opère une différence nette entre l'auteur et les diffuseurs d'idées que sont les libraires et les imprimeurs. C'est sur ces derniers que le pouvoir exerce le contrôle le plus vigilant. Il fixe leur nombre, alors que les libraires sont soumis à la libre concurrence." Archives - Création de librairies : l'exemple de le Librairie Buisantine et de la Librairie Colibris
Comment êtes vous venu au métier de libraire ? Aviez vous déjà une expérience dans ce domaine ? Avez vous suivi une formation spécifique ? Marion Doyen : Après avoir suivi la formation IPC à la CCI de Lyon et travaillé à la Fnac pendant 2 ans, l'envie d'avoir ma propre librairie est venue naturellement. Sandrine Charreau : Travaillant dans un laboratoire pharmaceutique depuis de nombreuses années, j’ai eu envie d’allier ma passion pour la lecture et les livres et mon envie d’autonomie : ouvrir une librairie, un rêve que j’ai voulu concrétiser. Pour cela, j’ai préféré agir par étapes : d’abord la théorie avec la formation proposée par la CCI (IPC), puis la pratique : une expérience multiple et riche à Banon (Bleuet), à Vienne (Lucioles) et dans quelques autres plus petites librairies (La Parenthèse, Les Canuts) puis la mise en pratique personnelle avec le montage du projet et la création de la SARL de janvier à août 2010. Pourquoi avoir choisi de créer une librairie plutôt que d'en reprendre une ? Marion Doyen : Il n'existait aucune structure au Bois d'Oingt où dans les environs proches. Ouvrir une librairie était un vrai challenge, mais avec la satisfaction de créer "sa" librairie de a à z. Sandrine Charreau : Après une petite hésitation pendant la formation, j’ai assez vite tranché pour la création : partir de zéro et imaginer la librairie dans laquelle j’avais envie de travailler… Ma rencontre avec mon associée, Sandra, a confirmé ce choix de création. Comment s'est passé l'ouverture ? Avez vous rencontré des difficultés particulières ? Avec le recul, auriez-vous agi différemment ? Marion Doyen : J'ai ouvert avec 2 semaines de retard par rapport à mes prévisions, l'aménagement et surtout la réception des commandes d'implantation étant un peu plus longs que prévu. Je n'ai eu aucun souci particulier. Sandrine Charreau : Effectivement, comme le dit Marion Doyen, les commandes d’implantation (préparation et entrée en stock) quand on part de zéro sont assez monstrueuses à gérer ! Heureusement, nous avions prévu du temps entre la fin des travaux et l’ouverture, ce qui nous a permis d’être prêtes dans les temps. Où en êtes vous aujourd'hui ? Marion Doyen : Je suis ravie, l'accueil a été formidable et les clients sont tous très enthousiastes. Il y a beaucoup d'échanges entre certains clients et moi-même, ce que je recherchais avant tout. Sandrine Charreau : Même ressenti de notre côté : chaque jour, nos clients se disent heureux de notre présence, que c’est une excellente nouvelle pour eux, pour Meyzieu, qu’une librairie manquait depuis longtemps… cela confirme notre hypothèse de départ ! ouf ! Les échanges que nous avons avec eux sont simples et riches à la fois, et nous rappellent chaque jour que nous avons créé notre librairie pour cela ! Quels conseils donneriez vous à celui ou celle qui veut créer une librairie aujourd'hui ? Quels sont les écueils dans lesquels il ne faut pas tomber ? Marion Doyen : Il faut s'accrocher pour la négociation, et ne pas se laisser abattre! Il faut bien vérifier toutes les factures bien sûr (remises et échéances bien appliquées, ainsi que le mode de transport!). Savoir imposer ses choix mais aussi faire des compromis, surtout en ce qui concerne la grille d'office si on la propose/l'impose. Sandrine Charreau : La librairie possède un atout important (comparée aux autres commerces) : des institutions et organismes de soutien existent pour accompagner les créations et reprise (Région et DRAC, CNL, ADELC, ARALD …) et il faut vraiment s’appuyer sur leur connaissance du monde de la librairie et sur leur expérience. Au-delà du soutien financier, leur expertise est vraiment importante. Et comme dit auparavant, les avis et conseils des autres libraires sont très précieux ! Sans tout ce réseau, créer une librairie doit ressembler à un parcours du combattant ! Il ne faut donc pas hésiter à les consulter. Et enfin… il ne faut pas craindre les tâches administratives et logistiques (Marion parle de vérification de factures par exemple) : l’amour du livre et le lien avec le client sont au cœur de notre métier (le « pour quoi » nous sommes là) mais cela ne doit pas cacher tout le reste !! Cette polyvalence est, pour moi, synonyme de dynamisme et d’obligation de se remettre en cause (dès les premiers jours…) au quotidien. Et le livre dans tout ça ? Marion Doyen : Les gens lisent! Ils recherchent les conseils et l'accueil, et même si le choix que je propose est moins important que dans une grande librairie, les clients apprécient la proximité et l'assortiment. Les achats de livre par Internet ou en grande surface ne sont pas appréciés par tous! Sandrine Charreau : que dire de plus… Le livre reste important voir vital pour beaucoup et la librairie indépendante doit être, pour nous et pour eux, le lieu idéal pour chercher, diSandrine Charreauuter, découvrir. Et depuis deux mois, nous avons déjà eu l’occasion de faire de vraies rencontres de lecteurs passionnés, heureux de partager avec nous (et réciproquement !) leur coups de cœur, leurs préférences, leurs désaccords… Propos recueillis par Libraires en Rhône-Alpes en Octobre 2010
|